Avec 26 millions de tablettes vendues dans le monde et 1 milliard de smartphones, les outils nomades se sont imposés dans la sphère non seulement privée mais aussi professionnelle des individus. La question suivante se pose alors : En quoi les outils nomades transforment les usages et les comportements des salariés dans leur quotidien ?

Que sont les outils nomades ?

Sont compris comme des outils nomades, les tablettes, les smartphones (taux de pénétration en Europe de 42%), les Netbook, les portables. Un focus particulier est porté sur les tablettes (notamment sur l’Ipad qui occupe environ 50 % du marché), car elles accélèrent ou révolutionnent les usages. Ces tablettes existent grâce à la richesse, la qualité et l’ergonomie des contenus accessibles à tout moment et n’importe où, constituant les médias mobiles.

La percée de l’Ipad dans l’entreprise

  • Réticentes au départ, les sociétés ont intégré ces nouveaux périphériques dans leur stratégie numérique, ce qui s’est traduit d’ailleurs par une percée d’Apple dans le monde de l’entreprise.
  • Dans un premier temps, les tablettes ont été utilisées pour des échanges en continu à destination de quelques “privilégiés”, puis les métiers, notamment de la communication et du marketing, se sont emparés de l’outil créant des applications dédiées aux clients (accompagnant ainsi la progression de la navigation des internautes à partir du mobile).
  • Les écoles ou universités, dans le même temps, ont participé à ce mouvement en offrant à leurs étudiants des Ipads (comme il y a une vingtaine d’années quelques écoles de commerce se lançaient dans la fourniture d’un ordinateur portable dans le package du nouvel étudiant, ce qui était à la fois révolutionnaire et un attrait pour leur image). 
  • Cette tendance a été naturellement suivie par une diffusion plus ou moins massive des ardoises numériques à usage interne (exemple : SAP voulant équiper ses 17 000 salariés).
  • Quel que soit le secteur, le binôme outil et contenu s’inscrit dans la stratégie de l’entreprise numérique collaborative autour de quatre axes : l’efficience, l’attractivité, la capitalisation des savoirs, l’innovation.

En quoi les outils nomades transforment t-ils les usages et les comportements en entreprise et dans la vie privée des salariés ?

Dans ce domaine, une bataille des chiffres est engagée entre plusieurs acteurs (Forrester, ComScore, Fullsix…). Il est possible cependant de dégager quelques grandes orientations autour des leviers, précédemment cités, de performance de l’entreprise.

1. L’accessibilité de l’information en continu et la facilité d’usage pour une optimisation de l’efficience

  • l’information en continu

L’accès aux mails et à l’agenda du travail concernent 28% des salariés européens en situation de mobilité, ce notamment le soir. Cette évolution est à la hausse aux Etats-Unis (+14%).

La presse en ligne est également très utilisée.

L’adaptation des outils comme Sharepoint ou LeanKit aux tablettes permet de suivre les projets en temps réel, même si les tableaux de bords ne sont pas encore complètement implémentés sur le terrain.

Enfin, la géolocalisation facilite grandement le déplacement des collaborateurs.

  • une facilité d’usage

Les tablettes se distinguent des ordinateurs par leur légèreté, leur faible encombrement, leur autonomie de batterie, leur rapidité à l’allumage, leur connectivité, leur convivialité (écran tactile). Le faible encombrement permet la prise de notes en réunion ou en conférence et allège le salarié.

En mettant à disposition des smartphones, voire des Ipads, et en y associant des solutions applicatives en mode Saas (Goodreader, Dropbox, …) directement dans un package, l’entreprise favorise l’interactivité, la transparence, l’expérimentation à moindre coût.

  • un élément de pilotage performant

En ouvrant les systèmes d’information de l’entreprise aux salariés en mobilité, on peut mieux piloter la transformation de l’entreprise vers le numérique. La visibilité sur le comportement de navigation rend possible une estimation plus fine et réactive de la valeur de chaque outil. 

Ces trois éléments permettent de gagner en efficience, à condition que ces outils nomades soient utilisés à leur juste mesure (lors d’une étude récente, ⅓ des sondés reconnaissait lire ses mails toutes les 15 mn !)

2. L’attractivité d’une entreprise en interne ou en externe

Valoriser l’information, l’individu et créer une relation de confiance (voire une communion) avec son interlocuteur pour mieux le fidéliser et mieux vendre.

  • valoriser l’information

Le périphérique devient le vecteur de valorisation des contenus, par des présentations plus dynamiques. Déjà très présent dans le domaine des arts graphiques, Apple a mis tout son savoir-faire au service de la tablette.

  • donner un signe de reconnaissance

Souvent distribué auprès des directions générales, l’Ipad est devenu un symbole de reconnaissance comme l’était auparavant une voiture (… mais pour moins cher). 

  • fidéliser des clients, des adhérents

Dans le domaine de la santé, on constate une forte hausse de la demande d’applications spécifiques permettant d’une part aux assurés de pouvoir gérer eux-mêmes leurs dossiers, de visualiser par géolocalisation les médecins agréés et d’autre part, aux médecins d’avoir à disposition toutes les informations d’un malade.

  • vendre en ligne, paiement sans contact

L’usage des Ipads s’est répandu très rapidement dans la relation en BtoC. Les marques ont investi cet espace en y associant les réseaux sociaux et en développant des services à la vente. 13,6 millions d’européens ont consulté un site e-commerce en 2011 par leur outil nomade.

Les banques ont investi le terrain en facilitant l’accessibilité aux comptes (30% des propriétaires de smartphones regardent leur comptes et leurs dépenses de cartes bleues sur leurs mobiles) et en créant des partenariats avec des entreprises (par exemple : Disney) pour développer le paiement sans contact.

3. L’apprentissage et la capitalisation des savoirs

  • De nombreuses universités et quelques écoles de commerces françaises ont intégré l’usage des tablettes dans leurs programmes, comme à l’Essec. Pour ce faire, les directions pédagogiques et des systèmes d’information ont lancé une réflexion pour analyser les composantes impactant l’éductaion (atomisation du temps de travail, le web 2.0, l’intelligence collective) et pour renforcer le lien entre l’élève et l’institution, en adaptant les contenus et les formats de e-learning et en fournissant des services pratiques (conciergerie).
  • La connaissance est gratuite et la valeur de l’enseignement porte sur la pédagogie, sur l’apport de méthode pour exploiter l’information. A chaque usage (apprendre, partager, comprendre, transmettre, s’approprier, valoriser) correspondent des outils adaptés.
  • Cependant, la mise en place des tablettes bouleverse l’interaction avec les professeurs et les éditeurs doivent encore adapter leurs vidéos ou leurs livres aux contraintes de l’Ipad. 

4. Les outils nomades comme accélérateurs d’innovation ou de transformation 

  • De part la géolocalisation et la virtualisation, des modèles d’affaires se sont constitués autour des outils nomades. Sans opérateur ou collaborateur, le coût de structure est quasiment nulle et donc la redevance demandée aux clients est, de facto, moindre. Si la rentabilité de ces modèles semble intéressante, en revanche, une rupture de qualité de service (absence de contrôle) risque de se créer. A ce jour, cela n’entame pas l’essor des ‘deals d’un jour’. 
  • Un autre exemple d’actualité est la transformation du business model  de la presse.

Les bonnes pratiques à retenir

1. Considérer l’utilisateur comme un consom’acteur

  • développer les usages professionnels au même rythme que les usages personnels
  • choisir le mode de distribution de la tablette : Bring your Own Device, Donner (l’utilisateur devient propriétaire et gère lui-même son utilisation) ou Prêter (l’entreprise assure le service après-vente).

2. Revisiter le modèle d’affaire de l’entreprise

  • comment le numérique risque de casser mon business modèle ?
  • comment exploiter cette transformation au bénéfice de ma structure ?

3. Mettre en oeuvre techniquement

  • faut-il créer ou exploiter des applications existantes ?
  • construire l’application selon les design patterns : simplification des informations, personnalisation de l’interface,… 
  • rendre accessible aux non-voyants, selon les normes W3C, en limitant le nombre d’interactions, le nombre d’images ou par des supports adaptés.
  • valider le degré de sécurité nécessaire en fonction du niveau de confidentialité de l’information, du département concerné, du niveau hiérarchique impliqué et du type de projet. 
  • décider de créer (ou pas) son propre App Store.

4. Conduire le changement

  • mettre en place une charte d’utilisation, garantir le respect des données personnelles, et gérer le droit à l’image.
  • mettre à disposition un guide de démarrage.
  • créer une communauté autour de la manipulation des tablettes et des applications pertinentes.

Au coeur de nos organisations, le numérique avec les outils nomades accélère ou révolutionne nos usages et nos comportements. Comme l’indiquait Maurice Lévy, à l’occasion des 40 ans du Cigref : “Nos entreprises doivent devenir des maisons de verre avec tout ce que compte comme opportunités de collaboration et de partage mais aussi tous les risques correspondants. »

Sources 

Emission « Paris d’avenir » consacrée à l’utilisation des smartphone et des tablettes numériques au sein des entreprises. Sont invités pour en parler : *Jean-Pierre Choulet, directeur du pôle systèmes informatique de l’ESSEC ; *José Curasse, manager chez Nexans ; *Charles Parat, directeur Recherche et Innovation chez Micropole et *Florence Dietsch, consultante chez Neoxia.